Genres musicaux

Ballet héroïque

Héritier de l’opéra-ballet que Campra et Destouches avaient mis au goût du jour à la fin du règne de Louis XIV, le ballet héroïque en reprend la structure générale en un prologue et trois entrées (actes) autonomes, réunis par un thème commun souvent lâche. Il conserve également une construction théâtrale où l’intrigue, brève, débouche systématiquement sur un vaste divertissement chorégraphique et chorale, ponctué d’airs virtuoses. Inauguré avec Les Fêtes grecques et romaines de Colin de Blamont en 1723, le ballet héroïque s’inspire toutefois de sujets nobles, tirés de la mythologie, de la fable ou de l’histoire, bannissant le comique, le pastoral et les personnages du quotidien qui étaient ceux du premier opéra-ballet. À l’époque de Rameau, le ballet héroïque entretient donc une grande proximité avec la tragédie lyrique. Le compositeur s’adonna au genre tout au long de sa carrière, y trouvant une totale liberté à ses épanchements purement musicaux : ses six ballets héroïques – Les Indes galantes (1735), Les Fêtes d’Hébé (1739), Le Temple de la Gloire (1745), Les Fêtes de Polymnie (1745), Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour (1747) et Les Surprises de l’Amour (1748 et 1757) – conservent la même forme. Les deux premiers comptent parmi les grands succès et furent rejoués jusque sous le règne de Louis XVI, parfois de manière fragmentaire. « Les Sauvages » et « Les Incas » des Indes galantes, « La Danse » des Fêtes d’Hébé ou « Aruéris » des Fêtes de l’Hymen et de l’Amour connurent, sous la forme d’actes détachés, une destinée particulièrement brillante.

[Benoit Dratwicki]