Genres musicaux

Tragédie lyrique

Inventée par Quinault et Lully au début des années 1670, la tragédie lyrique représente le genre noble de l’opéra français par excellence, qui resta en vigueur jusqu’au début du XIXe siècle. Synthétisant la noble déclamation de la tragédie classique, les divertissements musicaux de la comédie-ballet, la pompe orchestrale des Vingt-Quatre Violons du roi, les entrées chorégraphiques du ballet de Cour, le récitatif copiés des opéras italiens et l’art du chant orné pratiqué dans les salons, la tragédie lyrique se caractérisait surtout par une dimension spectaculaire due aux jeux de machines et aux décors somptueux. Concurrencée dès les années 1700 par l’opéra-ballet, genre plus léger privilégiant la danse et les intrigues légères, la tragédie resta pourtant la forme de théâtre lyrique privilégiée par les artistes autant que par le public tout au long du XVIIIe siècle. Uniquement basés sur la mythologie, les livrets favorisaient le recours au merveilleux, capable de produire des effets spectaculaires en combinant les catastrophes naturelles (tempêtes, tremblements de terre, éruptions) aux dérèglements surnaturels (descentes de dieux, foudroiements célestes, apparitions de monstres, plongée dans les Enfers). L’importance accrue donnée aux ballets, aux chœurs et aux airs virtuoses, tout autant que le goût du public pour les machines, altéra progressivement la noblesse des sujets au profit de trames plus superficielles mais « à grand spectacle ». Les cinq tragédies lyriques de Rameau – Hippolyte et Aricie (1733), Castor et Pollux (1737), Dardanus (1739), Zoroastre (1749) et Abaris ou Les Boréades (1763) – témoignent de cette évolution du genre, même si Rameau et ses librettistes tentèrent de donner une profondeur philosophique aux deux dernières d’entre elles. Les questionnements de Rameau par rapport au genre aboutirent au remaniement de plusieurs ouvrages, dont la seconde version diffère tellement de la première qu’elle peut être considérée comme une autre œuvre : ainsi en est-il du Dardanus de 1744, du Castor et Pollux de 1754 et du Zoroastre de 1756. Du vivant de Rameau c’est le Dardanus de 1744 qu’on tint pour son chef-d’œuvre. Après sa mort, c’est le Castor et Pollux de 1754 qu’on érigea en modèle du genre, et qui fut repris jusqu’en 1785. D’une manière générale, les tragédies lyriques de Rameau se démarquent de celles de ses contemporains par l’importance donnée à l’orchestre dans l’accompagnement des récitatifs, par la peinture subtile des passions au moyen de l’harmonie et de l’instrumentation, par la variété rythmique des airs de danse et par la richesse polyphonique des chœurs. Enfin, Rameau supprima le traditionnel prologue à partir du Zoroastre de 1749, et donna à l’ouverture une fonction descriptive et symbolique de plus en plus marquée.

[Benoit Dratwicki]